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LE MONDE juin 91 :

http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ARCHIVES/archives.cgi?ID=331e26d604e4b9a0d9f9ea3507816c70ff3fe7c007462951

DIAPASON, juin 08 . CD : Une contrebasse, un humain

Oubliée la contrebasse, ersatz de violoncelle d'un Bottesini, ou celle pilier de l'orchestre sur les épaules ( tombantes ) desquelles reposent la rondeur d'une pâte sonore. À mille lieue aussi de la frustration du contrebassiste campé par Süskind, Jean-Pierre Robert nous convie à l'exploitation des possibilités expressives d'un partenaire dont il connaît intimement le comportement sonore.
Par un renversement auquel nous incitent les particularités acoustiques de l'instrument, c'est surtout dans son registre aigu que s'épanouissent les pièces ici rassemblées. Hormis Pierre-Alain Jaffrennou qui exalte à dessein sa face sombre, tous les compositeurs sont tentés de pousser la contrebasse dans les derniers retranchements de ses harmoniques, où Jean-Pierre Robert évolue avec une grande aisance. Pièce parmi les plus intéressantes de ce recueil, Folia de Kaija Saariaho témoigne de ce son frêle dont les infinies moirures appellent l'amplification et la réverbération, suscitant des ambiances éthérées. Sur ce même terrain, Martin Matalon ajoute, avec les extraits de la Rosa Profonda, une référence marquée au jazz, la présence de la trompette ( Patrick Fabre ) nous rapprochant autant dans Buenos Aires de Nils Petters Molvaer que du Miles Davis d'Ascenseur pour l'échafaud. Karim Haddad, tout aussi friand de sons riches en harmoniques et de flautando, opte dans Ce qui dort dans l'ombre sacrée pour une approche plus lyrique non dénuée de charme.
Le registre percussif et bruiteux de l'instrument n'est pas oublié. Enrichi chez Pierre Jodlowski par une électronique très présente, il résulte en une pièce ( Vola ) qui au disque ressemble fort à de la musique acousmatique ; intégré chez James Giroudon et Jean-François Estrager ( Une, voix de basse ) à un discours plus diffus, il confine comme Etienne Rolin ( Space Birds ) à l'anecdotique. Cet album, représentatif de l'art consommé de Jean-Pierre Robert, illustre aussi la particularité d'un instrument qui, pour élargir son répertoire, oblige les compositeurs à lutter contre sa nature.
Pierre Rigaudière.

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UN SOIR OU UN AUTRE. Samedi, 02 juin 2007

Claude Parle /Jean Pierre Robert: cordes, bois, lames, archet, maillet, etc...

La musique contemporaine se prend-t -elle au sérieux? Ou a-t-elle pour objet de dynamiter les scléroses de la tradition,

Perruques, harmonies codifiées et noeuds papillon?
La question tourne un peu autour de cela avant de s'en échapper vite incontrôlée par toutes les issues possibles. Tout est permis jusqu'à un certain point, c'est une jubilation de voir Jean Pierre Robert, qui a la virtuosité narquoise, frapper à coup de maillet les cordes de sa contrebasse tout en suivant scrupuleusement sa partition de Ferneyhough.
Autant que de se concentrer sur la musique, on est fasciné de suivre les mouvements des mains, qui attaquent l'instrument par tous les angles possibles, histoire d'en sortir quelque chose d'inédit et d'abord percussif, coups de paume contre le bois, qui vont chercher des résonances inédites au plus près du chevalet. Le fait est que, de Giacinto Scelsi à Jacob Druckman, le résultat sonne inattendu, entêtant, urticant, réjouissant, abrasif. Mais sonne "juste" à chaque fois. Absolument libre en tout cas. Tout en restant très contrôlé, on s'en rend compte à posteriori quand Claude Parle à l'accordéon vient taquiner le contrebassiste pour une improvisation partagée. Le jazz en prend un sérieux coup de vieux.
Pour nous laisser quand même avec une angoissante question. Comme pour le sexe, après avoir tout essayé, que reste-t-il?
C'était Jean Pierre Robert, avec Claude Parle à la fond'action Boris Vian, invités par Moeno Wakamatsu dans le cadre du cycle Obscurité de Verre.

Guy Degeorges
http://unsoirouunautre.hautetfort.com/archive/2007/05/20/claude-parle-et-jean-pierre-robert.html
unsoirouunautre@yahoo.fr
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Le MONDE DE LA MUSIQUE. juin 08 . CD : Une contrebasse, un humain.

On peut faire beaucoup entendre avec une contrebasse. La pièce de Giroudon/Estrager en fait un instrument polyphonique. Celles d'Etienne Rolin et de Pierre Jodlowski, descriptives, font respectivement entendre des battements d'ailes ( celles d'Icare) et d'étonnants oiseaux cosmiques ( les Spaces Birds annoncés par le titre ). Karim Haddad poétise ( réverbère ) le moindre souffle autrefois parasite de l'instrument, finissant par proposer un minimalisme touchant, comme Pierre-Alain Jaffrennou qui donne au dit minimalisme un projet mystique. L'Argentin Martin Matalon propose également un style dépouillé, mais les pizzicatos exclusifs tendent vers le jazz, le tango, surtout quand la trompette s'ajoute, ce qui engendre une mélancolie une simplicité et un intimisme extraordinaires.
Kaija Saariaho, la vedette post spectrale de ce cheptel de compositeurs, propose l'habituelle et intéressant distillation du son dont on retient telles ou telles harmoniques comme un mystique sésame. Le contrebassiste aidé des dispositifs électroniques, projette son instrument dans l'impossible, dans u rêve au cours duquel la sonorité de l'instrument se réduit bientôt à un lointain souvenir.
Jacques Amblard.

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